Retrouver le sens de Dieu

Réflexions de Denis Lecompte, Curé de la Paroisse St Joseph en Cambrésis

Dans notre situation de confinement,  beaucoup cherchent à s’occuper.   Occuper le physique si le confinement le permet,   mais aussi le mental qui peut s’exercer et s’épanouir partout,  même en chambre… 

D’abord, le repos et la paix sont à cultiver.  Dans ce cadre, mais aussi à la frange,   Internet et autres médias nous proposent des techniques de méditation.  Pourquoi pas ?  Mais pour avoir investi dans « les croyances nouvelles et les dérives sectaires »,  je sais que le pire peut s’y mêler.  Le discernement est à opérer !

La foi chrétienne est ici d’une grande aide.  Comme source spirituelle,  elle possède quantité de trésors  et même des axes sûrs de réflexion et de discernement.

D’abord, la question de Dieu  c’est la question de la vie,  c’est la question de l’homme. Nous avons à retrouver le sens de Dieu !   Le sens du cadeau de la vie qui nous est fait  avec notamment le beau soleil du printemps… La question de Dieu est vitale : que faisons-nous sur terre ?  Qu’est-ce que c’est que cette vie dans laquelle je suis embarqué sans l’avoir voulu ?  Qu’est-ce qui est important ?  Qu’est-ce qui vaut la peine d’être vécu ?  Quelles sont les véritables valeurs ? Quelle respiration spirituelle ?

Présentant les Pères de l’Eglise et les grands théologiens du Moyen Age  lors de ses catéchèses du mercredi place St Pierre,   le pape Benoît XVI affirmait : Dieu nous parle par 2 Livres… Et ce n’est pas l’Ancien et le Nouveau Testament, mais  le Livre de la nature  et le Livre de la Bible.

  • En effet, la nature que nous avons sous les yeux et dont nous sommes, est la création de Dieu.  En la contemplant,  nous pouvons y trouver l’expression de notre Dieu,  une première révélation de Lui-même. C’est d’ailleurs magnifique que cet axe, de ce fait,  nous mette en articulation  avec tout être humain,  avec sa conscience, sa raison, son cœur   et aussi avec la réalité animale et végétale.  Le pape François nous y invite dans Laudato Si’ …  Que de méditations ici possibles !
  • Et puis le 2ème Livre qui est celui de la Bible et de la personne du Christ Jésus ;  il s’agit ici de la Révélation explicite de notre Dieu,  la Lettre d’Amour et la Personne d’Amour (le Christ)  que notre Dieu nous envoie. C’est « ce que l’œil n’a pas vu,  ce que l’oreille n’a pas entendu,  ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme » proclame St Paul (1 Co 2, 9).   Gandhi lui-même disait que,  dans l’histoire de l’humanité,  aucun acte, aucune parole ne pouvait égaler  ce qu’a fait et dit Jésus-Christ !   Ce sont toutes les pages des Evangiles qu’il nous faudrait reprendre et méditer ici…  « Si tu savais le don de Dieu ! » (Jn 4, 10)  proclame Jésus  à la samaritaine…

Et comme nous sommes dans le Temps pascal qui débute par la Semaine Sainte,  c’est surtout l’acte du Christ qu’il nous faut vivre et méditer.  Celui qui nous a embarqués dans l'existence sans que nous l'ayons voulu,  ne nous y a pas laissés seuls.  Il est venu épouser nos joies et nos peines.  Face au grand scandale de la souffrance et de la mort (qui est moteur d’athéisme : « si Dieu existait, on ne verrait pas cela »),  le Christ Jésus est venu remplir notre souffrance et notre mort  de sa Présence, comme l’a écrit Paul Claudel.…  Présence de compassion, de Communion, de Résurrection.  Il nous a aimés jusqu’au bout,  jusqu’à la mort,  jusqu’à l’extrême ;  et un tel Amour ne peut être prisonnier du tombeau.   Déjà, dans la vie courante,  lorsqu’on aime,  on respire mieux !

 

Ci-après, je vous confie 2 textes sublimes  qui peuvent prolonger  le 1er Livre naturel de la Révélation de Dieu (St Basile)   et le 2ème Livre de la Révélation explicite  qu’est la personne du Christ (St Bernard) :

  1. St Basile

"L'amour envers Dieu n'est pas matière d'enseignement. Car personne ne nous a enseigné à jouir de la lumière, à aimer la vie, à chérir ceux qui nous ont mis au monde ou qui nous ont élevés. De même, ou plutôt à plus forte raison, le désir de Dieu ne s'apprend pas par un enseignement venu de l'extérieur ; dès que cet être vivant (c'est l'homme que je veux dire) commence à exister, une sorte de germe est déposé en nous qui possède en lui-même le principe interne de l'amour. (…) Nous désirons par nature ce qui est bon et beau, bien que la même chose n'apparaisse pas bonne et belle à celui-ci et à celui-là. Nous n'avons pas besoin qu'on nous apprenne à aimer nos parents et nos proches, et c'est spontanément que nous accordons notre bienveillance à ceux qui nous font du bien.

Or, je vous le demande, y a-t-il rien de plus admirable que la beauté divine ? Que peut-on imaginer de plus digne de plaire et de plus agréable que la magnificence de Dieu ? Y a-t-il un désir fort et violent comme celui que Dieu inspire à l'âme purifiée de tout vice et qui s'écrie sincèrement : Je suis blessée d'amour ? Les splendeurs de la beauté divine sont inexprimables et indescriptibles." 

Basile de Césarée, Grandes règles monastiques, in Patrologie grecque, vol. 31, 908-909

      2. St Bernard : les plaies du Christ

« En effet, où notre faiblesse peut-elle trouver un repos ferme et assuré, sinon dans les plaies du Sauveur? Je demeure là avec d'autant plus de confiance, qu'il est plus puissant pour me sauver. Le monde frémit, le corps m'accable, le diable me tend des pièges, et cependant je ne tombe point, parce que je suis établi sur la pierre ferme. J'ai commis une grande faute, ma conscience en est troublée, mais je ne me désespère point, parce que je me souviens des plaies de mon Seigneur. Car il a été percé de blessures pour nos péchés (Isa. XXXIII, 5). Qu'y a-t-il de si mortel, qui ne soit guéri par la mort de Jésus ? Lors donc que je pense à un remède si efficace, nulle maladie quelque maligne qu'elle soit, ne me saurait épouvanter.

Par où l'on voit clairement que celui qui disait : « Mon péché est trop grand pour mériter que Dieu me le pardonne se trompait étrangement (Gen. IV, 13), » à moins qu'on ne dise qu'il n'était pas des membres de Jésus-Christ, que les mérites de Jésus-Christ ne lui appartenaient pas qu'il ne pouvait les regarder comme son bien, ni s'attribuer les mérites de son chef ainsi qu'un membre peut réclamer comme sien ce qui est à son chef.

Mais pour moi, ce que je ne trouve pas en moi, je le prends avec confiance dans les entrailles du Sauveur, parce qu'elles sont toutes pleines d'amour et qu'il y a assez d'ouvertures dans son corps sacré, par où elles peuvent se répandre. Ils ont percé de clous ses mains et ses pieds, et son côté d'une lance; et par ces ouvertures, je puis sucer le miel de la pierre, et goûter l'huile de ce dur caillou, c'est-à-dire goûter et voir combien le Seigneur est doux. Il formait en cet état des pensées de paix, et je n'en savais rien. Car qui connaît les desseins du Seigneur, ou qui a jamais eu part à ces conseils ?

Mais ces clous dont il a été percé, sont devenus pour moi comme des clefs, qui m'ont ouvert le trésor de ses secrets et fait voir la volonté du Seigneur. Et pourquoi ne la verrais-je pas au travers de ses plaies? Ses clous et ses blessures crient hautement que Dieu est vraiment en Jésus-Christ et qu'il y réconcilie le monde avec lui-même. Ce fer a traversé son âme et touché son cœur, afin qu'il sût compatir à mes infirmités. Le secret de son cœur se voit par les ouvertures de son corps, on voit le grand mystère de sa bonté infinie, les entrailles de la miséricorde de notre Dieu par laquelle ce soleil levant nous est venu visiter du ciel. Pourquoi ses entrailles ne se verraient-elles pas par ses plaies ?

Car, comment, Seigneur, pouviez-vous faire éclater davantage l'excès de votre bonté et de votre miséricorde, que par ces blessures cruelles que vous avez souffertes pour nous ? Personne ne peut donner de plus grandes preuves de sa charité, que d'exposer sa vie pour ceux qui sont destinés et condamnés à la mort ».

St Bernard, Sermon LXI. Comment l'Église trouve les richesses de la miséricorde divine dans les trous des plaies de Jésus-Christ. Force que les martyrs ont puisée dans Jésus-Christ, chap. 3 et 4

 

Article publié par Service com • Publié le Jeudi 09 avril 2020 • 272 visites

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