Homélie Jeudi Saint "La Cène du Seigneur"

par Denis Lecompte, Curé de la Paroisse St Joseph En Cambrésis

 

La 2ème lecture de St Paul et le passage d’Évangile que nous venons d’entendre   nous relatent les gestes et les paroles de Jésus  lors du dernier repas qu’il prit avec ses apôtres.  C’est un moment particulièrement important   car Jésus sait que « l’heure est venue pour lui de passer de ce monde au Père ».  Il sait que ce sont les derniers moments qu’il passe avec ses apôtres.  Après, ce sera trop tard,  il ne pourra plus leur parler.  Il sera arrêté  et condamné à mort.

Lorsque une personne sait qu’elle va mourir,  c’est le moment où elle laisse à ses proches  ses dernières volontés  mais souvent aussi un testament spirituel.  C’est un moment où on ne multiplie pas les discours,  on dit l’essentiel,  ce qui est vraiment vital  pour ceux qui restent ; je pense que,  si elles le peuvent,  les personnes malheureusement atteintes par le coronavirus    sont dans ce sentiment :  livrer un ultime et essentiel message !

C’est ce que fait Jésus  durant ce dernier repas qu’il prend avec ses apôtres :   avec ceux qu’il a choisis et qui l’ont suivi pendant trois ans,  qui ont écouté ses enseignements  et qui ont été témoins des signes  qu’il a posés  en annonçant la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu.

Ce soir-là,  son testament spirituel se traduit  par 2  paroles  accompagnées de gestes particulièrement forts qui nous sont relatés :
     . d’une part par St Paul dans sa 1ère lettre aux Corinthiens  avec ce qu’on appelle « la Sainte Cène »,
     . et d’autre part,  avec « le lavement des pieds »  dans l’Évangile selon St Jean.

Le premier signe est donc cette parole étonnante du Christ  qui partage le pain et le vin avec ses disciples. Cet extrait de la 1ère lettre de St Paul aux Corinthiens  est le texte le plus ancien que nous ayons  de l’institution de l’eucharistie.

« Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : ‘Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi’. Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : ‘Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi’ ».

Lorsqu’une personne mourante laisse un testament spirituel à ses proches,  elle leur transmet des pensées qui pourront les aider, pour l’avenir,  à rester fidèle à des valeurs qui lui paraissent essentielles.  Ici, Jésus va beaucoup plus loin.  Il donne à ses apôtres  le moyen de rester pleinement en communion avec Lui « jusqu’à ce qu’Il vienne », c’est à dire, jusqu’à Son avènement glorieux à la fin des temps  où nous serons alors pleinement en communion avec Lui et pour toujours.  Par l’Eucharistie,  son sacrifice est comme actualisé quotidiennement  dans l’histoire des hommes.

Chaque fois que nous mangeons ce pain et que nous buvons à cette coupe, nous proclamons la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’Il vienne.  C’est à dire qu’à chaque eucharistie,  le Christ se donne à nous.  Il nous manifeste son Amour et sa Miséricorde.  Il nous aime « jusqu’au bout ».  Il ne nous abandonnera jamais.

Le corps et le sang de Jésus offerts en sacrifice  accomplissent parfaitement l’Alliance entre Dieu et les hommes initiée dans  le sacrifice de l’agneau de la Pâque ;  c’est le Passage des Hébreux  de l’esclavage en Égypte à la liberté de la Terre promise,  qui nous est relaté en Première lecture par le livre de l’Exode : « Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau… ».

Jésus ne donne donc pas seulement à ses apôtres  le moyen d’être en communion avec Lui,   mais également la puissance de tenir face au fléau du mal et de la mort.  C’est pourquoi le fait de venir à la messe et de célébrer ensemble le sacrifice de Jésus sur l’autel  est absolument vital pour l’Eglise et pour chacun d’entre nous.

Nous devons entendre  cette parole forte de Jésus : « Faites cela en mémoire de moi ».  Elle est un appel pour l’Église à célébrer sans cesse ce sacrifice,  mais également à chacun d’entre nous d’être fidèle à y participer.  Non seulement pour notre dévotion personnelle   mais pour que l’Église, Corps mystique du Christ,  se construise.  Comme l’écrivait le Cardinal de Lubac : « L’Église fait l’eucharistie,   l’eucharistie fait l’Église ».

Nous venons souvent à la messe en nous disant que cela nous aide,  nous apporte un réconfort,  nous soutient dans la foi…   mais nous ne pensons pas toujours que  lorsque nous venons à la messe  nous contribuons aussi à faire grandir l’assemblée :   est vraiment vitale   notre présence physique,  nourrie par l’accueil de la Parole de Dieu,  en communion avec les autres dans la prière, l’action de grâce et la célébration du sacrifice eucharistique. C’est en ce sens  que le Concile Vatican II a rappelé que  la messe était « la source et le sommet de toute la vie chrétienne  ».

Quand je vois des paroissiens qui  ne vont pas à la messe lorsque celle-ci est célébrée dans une autre commune,  je trouve cela très préoccupant.

Charles de Foucauld proclamait : « Ne perds jamais une communion par ta faute : une communion, c’est plus que la vie, plus que tous les biens du monde, plus que l’univers entier, c’est Dieu Lui-même, c’est Moi, Jésus. Peux-tu me préférer quelque chose ?  … ».

Le deuxième signe que Jésus nous donne est  le lavement des pieds  relaté par St Jean dans l’Évangile.  Jésus se donne jusqu’au bout à ses disciples par amour.  Ce don trouve son accomplissement, nous venons de le voir, dans le sacrifice eucharistique,   mais également dans l’exemple qu’il nous laisse : « Vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous ».

Cet exemple n’est pas seulement une invitation à L’imiter,  c’est un appel à Le suivre,  à s’engager derrière Lui : « vous devez vous laver les pieds les uns aux autres ».  Ce n’est pas la seule fois dans l’Évangile  où Jésus demande à ses disciples  d’être des serviteurs : « Vous le savez, [leur dit Jésus] : les chefs des nations les commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne devra pas en être ainsi : celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur ; et celui qui veut être parmi vous le premier sera votre esclave. Ainsi, le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude  ».

On ne peut pas être chrétien  sans suivre le Christ  sur ce chemin du service des autres et du don de soi. Un chemin qui se manifeste très concrètement  dans les engagements que nous prenons pour la vie  et dans les relations quotidiennes que nous entretenons avec les autres. Par exemple dans l’engagement du mariage chrétien  où les époux se disent mutuellement avec les paroles du Christ : « Je me donne à toi pour t’aimer fidèlement dans le bonheur ou les épreuves tout au long de notre vie »  ou encore pour les personnes consacrées, prêtres, religieux, religieuses, laïcs consacrés,  qui donnent totalement leur vie  pour le Seigneur  et au service des autres.

Mais cela nous concerne tous.  Nous qui avons été baptisés, confirmés et qui sommes devenus les membres du Christ.  Nous vivons dans un monde occidental marqué  par l’individualisme,  la recherche du bien-être à tout prix,  de la consommation sans limite.

Notre résistance à ces dérives  est de nous engager résolument  dans la recherche du bien-commun  en renonçant à nous-mêmes  pour nous mettre au service des autres de mille manières,  en prenant des responsabilités dans la société et l’Eglise  ou par des services tout simples,  en adoptant un mode de vie respectueux des autres et de la nature.

Au fond, le double message  que nous laisse le Christ  à la veille de donner Sa vie pour le salut du monde,  c’est de donner nous aussi notre vie par amour  comme Il l’a fait lui-même.  Et Il ne nous laisse pas seuls.  Il continue de se donner à nous  dans le sacrifice eucharistique  jusqu’à ce que l’humanité toute entière soit libérée du mal et de la mort.   Méditons-le  dans l’adoration et la prière  chez nous  ou dans une église devant le Tabernacle,  pour toujours mieux le vivre  dans notre vie concrète…

Denis Lecompte, Curé de la Paroisse St Joseph En Cambrésis

 

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Article publié par Philippe LARCANCHE • Publié le Mercredi 08 avril 2020 • 209 visites

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