Messe du 7ème Dimanche du Temps Pascal

Lectures et homélie de Denis Lecompte, Curé de la Paroisse

 

LECTURES

Source : AELF

 

HOMÉLIE DU 7ÈME DIMANCHE DE PÂQUES A

Ce 7ème dimanche de Pâques  peut être appelé  le dimanche de la prière.  Il se situe dans la période où les Apôtres, sur l’ordre de Jésus, attendirent,  du jour de l’Ascension à la Pentecôte,  la venue de l’Esprit Saint ;  en étant fidèles à la prière avec Marie, Mère de Jésus (1re lecture).  Mais c’est surtout le Christ priant  que l'Évangile nous fait écouter aujourd’hui  dans la grande et longue prière,  appelée aussi "la prière sacerdotale" : Jésus prie pour lui-même avant l’heure grave de sa passion;  mais il prie aussi pour ses disciples  qu’il va laisser dans le monde.

Le désir de l’Esprit  se fait plus fort.  Il va venir bientôt, cet Esprit de gloire,  qui reposera en nous  et nous fera tenir bon dans l’épreuve (2e lecture).  Passons ces 9 jours entre l’Ascension et la Pentecôte (qui sont à l’origine de la coutume populaire des neuvaines = 9)  dans une prière plus intense  et l’invocation de l’Esprit de Jésus.

La prière dans l'Évangile de ce jour  est ce moment indicible où Jésus,  sa mort devant lui,  parle par éclairs,  comme s’il l’avait déjà vaincue.  L’heure est venue,  cette heure du passage qu’il a tant désirée  et qui l’a fait frémir.  Alors,  selon une manière juive de prier,  il leva les yeux au ciel.  C’est la plus longue prière du Christ  que les Évangiles nous aient laissée.  Chaque 7ème dimanche de Pâques  des 3 années du cycle liturgique (nous sommes dans l’année A)  en lit une partie.

Père. Le mot, tant de fois employé par Jésus  pour désigner sa relation unique à Dieu,  prend ici un relief d’une tendresse saisissante.  Glorifie ton fils.  Serait-ce une prière d’orgueil ?   Non point : afin que le Fils te glorifie.  Un peu (toute comparaison cloche !) comme un jeune étudiant en médecine  désire réussir son examen  pour être la fierté de son père  et pour bien servir les malades.  Jésus demande d’être entièrement saisi par son Père,  de n’avoir plus entre le Père et lui   le mur de son corps mortel;  que le Père lui donne un corps de gloire  tout irradié par sa lumière amoureuse.  En fait,  Jésus demande  sa résurrection.  Ainsi transformé,  il pourra donner la vie éternelle aux siens.

Mais on sent percer,  chez Jésus,  comme un immense mal du pays,  car il est encore loin de son Père.  Glorifie-moi maintenant auprès de toi, Père.  Il ne revendique que ce qui est au plus profond de lui : glorifie-moi de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde existe.  Une affirmation on ne peut plus nette de la pré-existence du Christ.  Il n’est pas seulement un homme qui a commencé d’exister en naissant,  il existait avant,  comme Verbe éternel du Père.   Mais cette gloire éternelle  s’est voilée dans son humanité.  Maintenant,  par la résurrection,  elle va irradier  cette humanité avec éclat.

Puis la pensée de Jésus s’attarde   auprès de ses disciples  qu’il va bientôt laisser seuls.   Il les regarde avec attendrissement :  ils étaient à toi,  tu me les a donnés.  Le Père nous a confiés,  donnés à son Fils.  Chaque personne divine  nous prend  personnellement en charge.  Nous sommes  comme entraînés  dans le va-et-vient  des échanges trinitaires :  Tout ce qui est à moi est à toi.  Le Père et le Fils  nous aiment d’un amour commun;   nous sommes comme bercés  de l’un à l’autre.  Quelle tendresse !

Et comme Jésus prend plaisir à souligner  la foi de ses disciples !  Ils ont gardé ta parole, ils ont reconnu… ils ont reçu… ils ont cru.  Quoi ? que je suis sorti de toi,  et ils ont crus que tu m’as envoyé.   Beaucoup voient en Jésus  un homme extraordinaire;   le croyant  voit  en lui  le Fils du Père.

Cette foi va subir  des assauts terribles  quand Jésus sera parti.  Une espèce d’angoisse  saisit Jésus  à laisser ses disciples à eux-mêmes.   Désormais,  je ne suis plus dans le monde ;  eux, ils sont dans le monde, le monde du Mal.  Aussi  je prie pour eux.   Prière sublime !  Des éclairs à jets continus.  Cette méditation splendide  chante   -et la grandeur du Christ, le Verbe éternel,   -et la noblesse du chrétien confié par le Père au Fils.   Vraiment, « élevons notre cœur…  - rendons grâce au Seigneur notre Dieu »

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Le monde  serait-il  mauvais ? 

Chez Jean,  ce mot  monde  a 2 sens totalement différents,  parfois sur la même page.  Seul le contexte permet de les distinguer.
Le monde au sens positif,  c’est la création,  notre terre qu’il nous faut aimer,  faire progresser :  Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils (Jn 3,16).
Le monde au sens négatif,  ce sont alors  les forces destructrices,  paralysantes de l’égoïsme humain,  le diabolique,  le « Mauvais ».  Je ne prie pas pour le monde (Jn 17,9),  le monde les a pris en haine (17,14). 

Nous vivons dans un monde qui a  ces 2 faces, et notre situation est inconfortable :  il nous faut aimer le monde, le construire;  il nous faut lutter contre tout ce qui, en lui, est destructeur…  et il nous arrive bien souvent de regarder son soleil  en ayant les pieds dans la boue.   Mais ne nous évadons pas du monde,  gardons-nous seulement du Mauvais.

A l’image du  « Pont » de l’Ascension,  nous avons  à tenir ces 2 réalités :  être du monde  et le dépasser, le transcender !   Que nous puissions aussi  « dépasser »,  « transcender » notre confinement !!

 

Denis Lecompte, Curé de la Paroisse

Article publié par Philippe LARCANCHE • Publié le Samedi 23 mai 2020 • 180 visites

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